Augmentation des taux d’intérêt américains – Quelles conséquences pour l’économie française ?

Hier, la Réserve Fédérale Américaine (la Fed) a décidé d’augmenter l’objectif des taux des fonds fédéraux (Fed Funds) pour la 8e fois depuis décembre 2015. Les Fed Funds se situent désormais dans la fourchette de 2 % à 2,25 %.

Les membres du FOMC ont réaffirmé qu’ils s’attendent à une nouvelle hausse des taux cette année pour atteindre en moyenne 2,4 % d’ici la fin de l’année. Les investisseurs devraient également s’attendre à des hausses de taux progressives en 2019. Selon l’estimation médiane des responsables de la Fed, il devrait y avoir 3 hausses de taux l’année prochaine pour atteindre 3,1 % à la fin de 2019 et 3,4 % à la fin de 2020.

La politique monétaire américaine n’est plus qualifiée d’ « accommodante », ce qui signifie que la Fed a reconnu que les récentes décisions de politique monétaire – avec des taux d’intérêt qui sont maintenant au plus haut depuis octobre 2008 après la chute de Lehman Brothers – ont permis d’atteindre un niveau plus « neutre » sans trop stimuler, ni restreindre, l’économie américaine.

Celle-ci semble tourner à plein régime avec une croissance économique de 4,2 % en 2018 en glissement annuel et des indicateurs annonçant un 3e trimestre tout aussi bon. Toutes les mesures de l’inflation se situent autour de la cible de 2 % de la Fed avec une croissance des salaires en hausse et un chômage au plus bas.

L’augmentation des taux directeurs est généralement positive pour la devise du pays

Les décisions des banques centrales ont un impact important sur le marché des changes.

Parce que la hausse des taux d’intérêt modifie le coût et la disponibilité de l’argent dans l’économie nationale, en offrant des rendements plus élevés les investisseurs étrangers sont attirés par les opportunités plus rentables qu’offrent les économies avec des taux d’intérêt plus hauts.

La demande pour le billet vert devrait donc être plus forte, renforçant l’attrait de l’USD par rapport aux autres devises. Alors que le dollar s’est fortement apprécié de 2014 à 2016 face à la détermination de la Fed de normaliser sa politique monétaire, il s’est affaibli depuis et connaît ce mois-ci sa pire performance mensuelle depuis février.

Alors que la Fed a changé de politique monétaire en 2015, la Banque Centrale Européenne (la BCE) a maintenu sa stratégie traditionnelle de soutient à l’économie des pays de la zone euro.

Cette asymétrie de politique monétaire entre ces 2 grands blocs à de nombreux effets sur les marchés financiers – non seulement sur le marché des changes avec une faiblesse du dollar qui profite à la monnaie européenne (l’EUR/USD est à son plus haut niveau depuis juin 2018), mais également sur le marché des actions et des taux d’intérêt.

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La faiblesse de l’USD soutient l’EUR ce qui pénalise les entreprises françaises qui exportent

En général, une hausse de l’Euro favorise les entreprises importatrices et pénalise celles qui exportent des produits français.

Le « made in France » est donc sensible à ce que l’on appelle « l’effet devise » notamment pour les entreprises qui signent des contrats en dollars, comme dans les secteurs de l’aéronautique ou de la construction navale, ou pour celles dont les filiales se trouvent hors de la zone euro.

Alors lorsque l’euro se renforce de manière continue face à ses rivaux, les entreprises françaises exportatrices doivent s’adapter dans le but de rester compétitives et de maintenir leurs marges.

Si elles ne s’adaptent pas, elles doivent soit baisser leurs prix pour conserver des parts de marché (et donc réduire leurs marges), soit conserver leurs prix au même niveau, au risque de perdre des parts de marché.

Face à un taux de change défavorable, les entreprises françaises peuvent donc subir une baisse de leurs chiffres d’affaires qui peut se ressentir dans les résultats d’entreprises affectant ainsi les indices boursiers français auxquels elles appartiennent comme le CAC40 ou le SBF120.

Puisque leurs produits sont plus chers pour le reste du monde avec un euro fort, la compétitivité des produits français est touchée.

Ces entreprises doivent donc redoubler d’effort pour faire face au manque d’innovation, aux problèmes de compétitivité/coût – notamment vis-à-vis de leurs voisins européens ou encore au niveau de gamme parfois trop bas dans certains secteurs d’activité pour proposer un produit/service qui reste pertinent et qui attirent toujours plus de consommateurs.

Le prix du pétrole augmente, mais ne réussit pas à pousser les bourses européennes à la hausse

Les marchés boursiers européens se déplacent à la baisse, avec le FTSE 100 qui enregistre la plus mauvaise performance en raison de l’appréciation de la livre. Le DAX et le CAC 40 ont rendu les gains antérieurs et baissent, avec des investisseurs toujours en attente de l’annonce de la BCE. Les marchés asiatiques ont clôturé de diverses façons: le Nikkei a réussi à gagner 0,49% en raison de la dépréciation du yen par rapport au dollar après les déclarations faites par Yellen hier. Le président de la Fed a déclaré qu’elle s’attend une hausse progressive des taux d’intérêt jusqu’à atteindre un taux neutre de 3% en 2019. Pendant ce temps, les marchés chinois, les producteurs d’énergie et les entreprises minières ont enregistré les pertes les plus lourdes. Le prix du pétrole a augmenté du plus bas d’hier, mais le WTI reste fermement en dessous de 52 $ le baril, malgré la baisse des stocks de pétrole brut plus élevés que prévu détectée par API.

Jeudi, le pétrole s’est déplacé légèrement à la hausse, grâce à la publication du rapport de l’Agence d’l’information sur l’énergie (EIA) des États-Unis, qui a enregistré une diminution des stocks. Selon l’EIA, l’effet que les réductions de l’OPEP ont sur le marché est, à ce jour, difficile à mesurer. L’EIA a finalement revu à la hausse ses estimations sur la demande en 2016.

Dans la soirée du mercredi, l’American Petroleum Institute (API) a annoncé que les stocks de pétrole brut ont diminué d’un peu plus de 5 millions de barils contre la baisse attendue de 1 million de barils. Le chiffre a été compensé par l’augmentation des stocks d’essence, ce qui représente 9,75 millions de barils, a été plus élevé que prévu. Dans la dernière semaine, les stocks de produits distillés, qui comprennent des produits tels que le mazout de chauffage et le diesel, ont baissé de 1,2 million de barils.

La vente aux enchères des obligations du gouvernement espagnol a reflété le fait que la courbe de rendement est devenue plus raide. Les titres à cinq ans ont, en fait, été vendus à un rendement moyen de 0,399%, en hausse de 0,27% du 5 Janvier. Au même temps, le rendement des obligations à deux ans a diminué de -0.008% de la dernière vente aux enchères du 17 Novembre à -0,234%. Avec la BCE qui réduit à une seule année, la durée minimale des obligations du gouvernement qui peut acheter dans le cadre de l’achat de titres et supprime la limite sur le taux des dépôts, les rendements à court terme continuent de diminuer, tandis que les données sur l’inflation poussent les rendements à long terme. On observe ce phénomène avec une certaine faveur, car on estime que l’augmentation des rendements à long terme pourrait soutenir les banques.

En Novembre, l’excédent du compte courant a augmenté des 28,4 milliards d’euros du mois précédent aux 36,1 milliards d’euros actuels. L’excédent des actifs a augmenté de 25,9 milliards d’euros à 30,9 milliards d’euros. En outre, l’excédent primaire a augmenté de façon spectaculaire, aidant à compenser la contraction de l’excédent des services. Le compte financier sans ajustement a montré qu’en Novembre écoulement des investissements directs et de portefeuille de -6,3 milliards d’euros, cependant, dans le même mois, l’afflux reste à 728,1 milliards d’euros sur une base annuelle contre des 273,9 milliards d’euros sur une base annuelle en Novembre 2015.