Draghi conserve sa politique monétaire inchangée malgré les risques grandissants

Le gouverneur de la Banque Centrale Européenne (BCE), Mario Draghi, n’a pas permis à l’euro de se ressaisir jeudi dernier, alors qu’il a annoncé que l’institution était prête à continuer progressivement sa stratégie de durcissement monétaire.

En effet, les achats nets au titre du programme d’achats d’actifs de la BCE (APP ou Asset Purchase Programme), qui atteignent actuellement 15 milliards d’euros par mois jusque fin décembre 2018, devraient cesser à ce moment là si les données économiques montrent que les perspectives d’inflation à moyen terme suivent les prévisions et les objectifs de la BCE.

Actuellement, « les données disponibles, quoique légèrement en retrait des anticipations, restent globalement compatibles avec une poursuite de la croissance généralisée de l’économie de la zone euro et une hausse progressive des tensions inflationnistes » explique Mario Draghi lors de sa conférence de presse.

Pour l’institution européenne, « les risques pesant sur les perspectives de croissance de la zone euro peuvent encore être considérés comme globalement équilibrés » mais pour les investisseurs c’est une autre histoire.

Les marchés ne semblent pas vraiment convaincus, particulièrement avec les récentes données montrant une chute de l’activité à un plus bas en 25 mois et les nombreuses tensions entre l’Union Européenne et ses membres, notamment l’Italie et le Royaume-Uni.

Qu’attendre de l’EUR/USD cette semaine?

Alors qu’il y a 1 mois la paire EUR/USD formait un sommet à 1,1816 $ – son plus haut niveau depuis juin 2018, elle a depuis fortement chuté pour atteindre son plus bas niveau à 1,1335 $ vendredi dernier – niveau précédemment atteint lors de la forte baisse du mois d’août 2018.

Après avoir accéléré sa dégringolade vendredi, la paire EUR/USD a finalement terminé dans le vert effaçant les pertes de la séance du jour et celles de la journée de trading précédente.

Alors que le marché approchait de son plus bas niveau depuis août dernier, de nombreux investisseurs techniques sont entrés sur le marché vendredi autour de l’important niveau des 1,1335 $, ce qui a favorisé ce rebond. D’un point de vue fondamental, un rapport a montré que l’inflation américaine serait plus faible que ce que la Fed anticipe, ce qui a pesé sur le Dollar Américain et soutenu l’EUR/USD.

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La probabilité que les cours puissent « respirer » dans les prochains jours a augmenté vendredi avec le rebond, ce qui pourrait entrainer de nombreuses opportunités de trading.

Dans cette optique, les cours pourraient atteindre le haut du canal en direction des premières résistances à 1,1471 $ et 1,1537 $. À l’inverse, si les cours continuaient de baisser, ils évolueraient en direction des deux prochains supports à 1,1337 $ et 1,1284 $, ce qui pourrait ensuite accélérer leur chute.

Plusieurs statistiques à suivre cette semaine

Alors que les traders se demandent si les cours vont poursuivre leur recul ou si la paire va pouvoir relancer sa tendance, plusieurs indicateurs devraient entrainer une certaine volatilité sur les marchés et influencer les cours dans une direction ou dans l’autre :

  • Mardi 30 octobre – 11h00 : PIB de la Zone Euro – 3e trimestre
  • Mercredi 31 octobre – 11h00 : Inflation de la Zone Euro – Octobre
  • Vendredi 2 novembre – 14h30 : Rapport de l’emploi aux Etats-Unis (NFP, taux de chômage, évolution du salaire moyen, etc.)

Au niveau géopolitique, les traders suivront de près toute avancée concernant un accord sur le Brexit ou le nouveau budget italien, ainsi que la situation en Arabie Saoudite, celle des relations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine et les résultats des entreprises car ces évènements pèsent actuellement sur le sentiment, font baisser les bourses mondiales et influencent fortement les différentes devises.

Le CAC 40 baisse de 10 % en un mois. L’Italie peut-elle intensifier cette chute?

Alors qu’il semblerait que le mois d’octobre soit statistiquement le mois pendant lequel l’indice parisien finit le moins dans le rouge, l’histoire montre également que lorsque le mois d’octobre est baissier, il l’est fortement. Lors de la crise des subprimes, le mois d’octobre 2008 avait vu le Cac 40 chuter de plus de 13 %.

L’indice phare français est tombé hier sous la barre symbolique des 5 000 points pour la 1ère fois cette année dans un volume de trading important, perdant 10 % depuis son sommet atteint il y a un mois et 12 % depuis son plus haut de l’année atteint en mai dernier. Au plus bas depuis mars 2017, hier représentait la 9ème séance de baisse en 10 jours pour le CAC 40.

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En pleine saison des résultats, les entreprises françaises déçoivent les investisseurs, notamment dans leurs perspectives, ce qui laisse penser que les craintes d’un ralentissement économique mondial sont bien fondées.

Le contexte des tensions géopolitiques entre Washington et Pékin, ou encore entre l’Arabie Saoudite et l’Occident, pèse également sur le sentiment, sans parler de la décision sans précédent de la Commission Européenne qui a rejeté hier le budget italien.

L’Italie doit présenter un nouveau budget d’ici 3 semaines

Le rejet du projet de budget 2019 de l’Italie est une mesure sans précédent contre un pays de la zone euro mais la Commission Européenne a affirmé que les objectifs du pays en matière de déficit et de croissance constituaient une menace importante pour la stabilité économique des pays de la Zone Euro. L’Italie dispose maintenant de 3 semaines pour présenter un budget révisé qui ne va pas « à l’encontre de ses engagements ».

Cette décision de l’Union Européenne intervient dans un contexte de problèmes économiques et politiques croissants en Italie. En effet, la coalition, formée par Matteo Salvini – ministre de l’intérieur italien et Luigi Di Maio – vice-premier ministre italien, a majoritairement été élue sur la promesse de redéfinir les relations de l’Italie avec l’Europe et elle pourrait donc considérer ce rejet comme une sorte de victoire.

Pour exister, l’actuel gouvernement italien a besoin d’ennemis et l’Europe joue ce rôle à la perfection avec ses règles de souveraineté et ses mesures d’austérité et de restriction. À la suite de la décision de la Commission, le vice-premier ministre italien a déclaré sur Facebook : « C’est le premier budget italien que l’UE n’aime pas. Je ne suis pas surpris. C’est le premier budget italien qui a été réalisé à Rome et non à Bruxelles ».

L’Italie – Un risque grandissant pour les marchés européens qui pèse également sur l’économie italienne

Au-delà de Rome et de Bruxelles, les investisseurs influencent également les marchés financiers et ont récemment envoyés les spreads obligataires italiens à des niveaux insoutenables.

Cette situation pourrait négativement impacter l’économie du pays, alors même que les deux partis populistes au pouvoir se sont toujours considérés comme les dirigeants qui feraient de l’Italie un pays qui ne serait plus dominé par les spreads…

Le spread peut augmenter même lorsque les taux d’emprunt baissent et l’élargissement du spread entre la dette italienne et allemande indique que les investisseurs pensent que la dette publique italienne est plus risquée qu’auparavant par rapport à la dette allemande considérée comme sûre.

Les craintes d’une propagation au reste de la Zone Euro impactent le sentiment des marchés

Cet élargissement du spread est une représentation de l’inquiétude des investisseurs vis-à-vis des perspectives d’un pays et pèse sur les marchés européens et sur l’Euro, tout comme le font les craintes d’une propagation au reste de la Zone Euro.

Au final, ce qui inquiète les investisseurs c’est la possibilité d’une sortie de la Zone Euro et c’est une question non négligeable surtout lorsque l’on voit comment les négociations autour de la sortie de la 2ème puissance européenne se passent.

Vendredi dernier, l’agence de notation Moody’s a décidé de baisser la note de l’Italie de « Baa2 » à « Baa3 » – niveau juste au-dessus de la catégorie spéculative qui signifie que le risque de non-remboursement est élevé. Pour Moody’s, « les projets de mesures budgétaires et économiques du gouvernement ne constituent pas un agenda cohérent de réformes qui pourront permettre de résoudre les problèmes de croissance décevante ».

L’Italie souhaite-t-elle réellement rester dans la Zone Euro ? Le gouvernement italien et les Italiens veulent-ils la même chose ?

Les discours du gouvernement italien et ses actions semblent parfois contradictoires.

Après avoir basé sa campagne sur les défauts de la monnaie unique et les nombreux désavantages liés au côté supranational de la Commission et des autres instances européennes, le gouvernement actuel dit ne pas vouloir quitter l’Europe ni l’Euro.

Mais alors que le ministre de l’économie et des finances italien, Giovanni Tria, a beaucoup bataillé pour convaincre les investisseurs que l’économie italienne était saine, l’objectif de déficit du budget adopté est plus élevé que ce qui est jugé acceptable par l’Europe surtout pour l’un des pays européens les plus endettés. D’après les statistiques d’Eurostat, l’Italie serait le pays avec la dette la plus importante de l’Union Européenne après la Grèce avec une dette qui excéderait 130% du PIB à la fin du 1er trimestre 2018.

De quelles façons la crise italienne peut-elle affecter l’économie française?

Potentiel de croissance limité, remontée des taux d’intérêt, endettement massif, gouvernement instable et provocateur, créances douteuses, chômage massif… l’Italie semble représenter un risque majeur pour l’Union Européenne et pour la France ! Quelles conséquences pourraient avoir la crise de la dette italienne sur l’économie de l’Hexagone ?

Le FMI baisse ses prévisions de croissance pour l’économie mondiale et italienne

Les prévisions de croissance du Fond Monétaire International (FMI) montre que l’économie mondiale commence à s’essouffler, ce qui pourrait peser sur l’économie de nombreux pays européens, dont la France.

L’institution a revu à la baisse ses prévisions pour la croissance mondiale de 2018 et 2019 : 3,7 % contre 3,9 % précédemment.

Les principaux risques évoqués sont les conséquences de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, mais aussi les inquiétudes concernant l’incapacité des gouvernements à réagir face aux crises potentielles auxquelles ils pourraient avoir à faire face.

Le FMI a abaissé ses prévisions de croissance pour la France à 1,6 % en 2018 et 2019, notamment face à une « demande extérieure plus modérée ».

Pour l’Italie, les prévisions restent inchangées à 1,2 % en 2018 et 1 % en 2019, mais ces prévisions restent plus faibles que celles prises en compte à Rome dans l’établissement de son budget. En effet, l’Italie a basé son budget sur une croissance de 1,5 % en 2019, 1,6 % en 2020 et 1,4 % en 2021.

L’Italie va-t-elle pourvoir élever son potentiel de croissance?

L’économie italienne doit faire face à de nombreux maux : une croissance structurelle faible, un chômage massif, un problème de compétitivité-coût, une dette colossale, un potentiel de croissance limité, peu de dynamique au niveau de sa productivité, etc.

Le risque majeur actuel concerne les conséquences de la mise en œuvre du programme de la nouvelle coalisation entre la Ligue et le M5S qui pourrait affecter l’économie italienne en remettant en cause la soutenabilité de sa dette.

En effet, le cœur du problème reste la faiblesse de la croissance italienne car les petites entreprises familiales, qui représentent le tissu économique de l’Italie, peinent à faire le poids face à une concurrence accrue, plus innovante et plus moderne.

Associée à une dette italienne importante, qui représente plus de 130 % du PIB malgré certains efforts budgétaires importants mis en place par Rome depuis les crises de 2008 et 2010, la faiblesse de la croissance ne permet pas de réduire la dette publique italienne.

Le FMI a récemment demandé au gouvernement italien « de maintenir les réformes faites sur les retraites et le marché du travail » car « une marche arrière sur les réformes ou la mise en œuvre de politiques qui nuiraient à la soutenabilité de la dette déclencherait une forte hausse du spread » a déclaré l’institution.

Rome reste une source d’instabilité pour les marchés

Pour les intervenants du marché, l’Italie reste une source d’incertitude qui pèse sur l’euro et sur les marchés, et dont les risques pourraient s’étendre aux autres économies européennes comme la France.

Le spread, qui représente l’écart entre les taux d’emprunt à long terme de l’Italie et de l’Allemagne, reste plus élevé qu’avant la formation du gouvernement italien anti-système.

L’augmentation récente des taux d’intérêt à 10 ans montre que les investisseurs réclament une prime de risque face à un degré d’incertitude et de risque plus élevé, ce qui alourdit à terme davantage la charge de la dette italienne. Hier, il a atteint 315 points à la mi-journée avant de se resserrer – son plus haut niveau depuis avril 2013.

En cas d’aggravation de la crise italienne, un phénomène de contagion pourrait gagner la France

Une remontée généralisée des taux à long terme pèserait sur la croissance de l’ensemble de la zone euro, dont la France. En effet, son profil est proche de celui de l’Italie avec un endettement important, un excès de dépenses publiques, un problème de compétitivité et d’investissement des entreprises, ce qui signifie que l’économie française ne serait pas épargnée.

Les banques françaises pourraient subir l’augmentation de l’emprunt d’Etat italien à 10 ans qui est passé de 2,842 % le 26 septembre 2018 à 3,57 % le 8 octobre dernier. En effet, ces établissements bancaires sont souvent des créanciers importants de l’Italie.

Les banques françaises pourraient avoir une exposition cumulée de près de 30 milliards d’euros notamment via leurs filiales locales, ce qui pourrait fortement faire baisser le cours des valeurs bancaires à la Bourse de Paris.

En effet, on ne peut pas exclure le risque que la capacité de remboursement de Rome diminue fortement au point de disparaître. Bien sûr, la Banque Centrale Européenne interviendrait certainement dans une telle situation avec certains programmes (programme de rachat de dette (QE) ou opérations monétaires sur titres (OMT)) pour contenir les risques.

Actuellement, la France bénéficie d’une certaine « complaisance » de la part des marchés car le taux d’intérêt de l’emprunt de la France à 10 ans atteint 0,897 % quand celui de l’Italie évolue au-dessus de 3,57 %.

Cependant, une remontée généralisée et continue des taux d’intérêt à long terme en Zone Euro pourrait entrainer une contagion de la crise italienne vers l’économie française, ce qui affecterait sa croissance et son déficit.

L’Italie se dirige-t-elle vers une nouvelle crise grecque ? Se dirige-t-on vers une nouvelle crise de l’euro ? L’Euro serait-il en train de détruire l’Europe ? Peut-on parler d’Italexit?

Les investisseurs continueront de surveiller les réactions de l’Italie et de Bruxelles concernant cette situation de dérapage budgétaire ainsi que tout questionnement et remise en cause de la Zone Euro et son fonctionnement.

Comment profiter de la guerre commerciale?

Alors que les Etats-Unis ont institué des droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium en mars dernier pour relancer la consommation de la production américaine, de nombreux investisseurs se demandent comment se positionner et protéger leurs portefeuilles d’investissements pour profiter au mieux de cette guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine (mais aussi le reste du monde).

Aux Etats-Unis, les entreprises nationales qui utilisent de l’acier et de l’aluminium importés pour fabriquer leurs produits doivent maintenant faire face à des coûts de production plus élevés.

Ils ont alors deux options : soit répercuter cette hausse des coûts sur les consommateurs et potentiellement réduire leurs parts de marché, soit conserver leurs prix actuels et donc réduire leurs marges.

De même, les exportateurs de ces matières premières doivent faire face à une situation où leurs produits se retrouvent désormais en position de désavantage en matière de prix.

Ils doivent donc s’adapter à des ventes plus faibles en conservant leurs prix ou à des marges réduites s’ils abaissent leurs prix pour compenser les droits de douane.

Les mesures protectionnistes des Etats-Unis touchent la majorité de ses partenaires commerciaux

Avec l’escalade des mesures protectionnistes sino-américaines, plusieurs pays ont décidé de mettre en place des mesures en représailles aux droits de douane américains et chinois.

Certains stratèges ont alors conseillé aux investisseurs de rechercher des opportunités auprès des ETFs et des devises des marchés émergents.

En effet, ils ont fortement été affectés par cette situation et offrent maintenant des valorisations très attractives notamment sur la base du ratio cours/flux de trésorerie.

Certains secteurs d’activité sont plus touchés que d’autres

Aux Etats-Unis et en Europe, certains secteurs sont plus protégés que d’autres notamment les secteurs domestiques comme la construction, le secteur financier, les loisirs ou encore les services aux particuliers.

D’autres, en revanche, sont pénalisés directement ou indirectement par cette situation en fonction du chiffre d’affaires qu’ils font à l’international, notamment aux Etats-Unis ou en Chine. On pensera aux secteurs de l’automobile, du luxe, de la sidérurgie et de l’aéronautique.

Attention, la guerre commerciale n’est pas terminée

Certains analystes s’attendent à de nouvelles répercussions encore plus négatives – bien que la majorité des conséquences liées à la guerre commerciale aient déjà été intégrées par le marché, particulièrement dans le cours des actions étrangères et des actions américaines à fortes capitalisations boursières.

Il est également possible qu’à la moindre perspective d’accords plus favorables dans cette guerre commerciale, les secteurs sous-performants du marché mondial commencent à rebondir pour rattraper leurs retards.

À quoi faut-il penser avant d’inclure une entreprise dans son portefeuille ?

Au final, on se doute que les actions des grandes sociétés américaines (ayant en moyenne plus de 50% de leurs relations commerciales avec des marchés internationaux) seront les entreprises les plus touchées.

Avant d’investir dans les actions européennes, il est donc important de savoir en détail quelle est la proportion des profits et des chiffres d’affaires issue des Etats-Unis.

À l’inverse, si vous souhaitez investir dans des entreprises américaines, il conviendra de connaître d’abord la proportion des revenus issue des marchés internationaux.

Les entreprises locales (ou domestiques) seront forcément moins exposées à l’escalade du dialogue commercial car elles ne sont pas sensibles aux flux internationaux, ce qui pourrait en faire un investisseur assez défensif.

Dans tous les cas, la diversification est le meilleur moyen de protéger son portefeuille d’investissement pour profiter au maximum de cette guerre commerciale.

La dette italienne pèse sur le CAC40

L’indice CAC 40 a perdu du terrain vendredi avec un secteur bancaire sous pression, lui-même affecté par la situation de la dette italienne qui atteint des niveaux supérieurs à celui du précédent exécutif.

Après avoir perdu 0,85 % vendredi, l’indice phare tricolore a commencé le dernier trimestre 2018 en légère hausse (+0,24 %) mais les valeurs financières françaises comme BNP Paribas, Société Générale ou Crédit Agricole étaient toujours en recul, limitant la timide avancée du CAC40.

L’annonce d’un accord sur un déficit à 2,4 % du Produit Intérieur Brut (PIB) italien pour les trois prochaines années par la coalition populiste au pouvoir (M5S/Ligue) a eu l’effet d’une douche froide sur les marchés européens qui s’inquiètent du niveau d’endettement de la 3e puissance économique européenne.

L’Italie et le spectre d’une nouvelle crise de la dette

Pour les dirigeants européens la situation en Italie est critique et semble prendre la direction de celle vécue par la Grèce il y a quelques années.

Jean-Claude Junker, président de la Commission Européenne, a prévenu Rome que la situation n’était pas acceptable car ses projets de dépense budgétaire ne permettaient pas d’atteindre les objectifs de réduction de la dette publique italienne.

« L’Italie s’éloigne des objectifs budgétaires que nous avons approuvés en commun au niveau de l’UE. Je ne souhaite pas qu’après avoir surmonté la crise grecque, nous retombions dans la même crise en Italie. Une crise de ce genre nous a suffit », a déclaré Jean-Claude Juncker.

De son côté, le Commissaire Européen à l’Économie, Pierre Moscovici, a souligné l’importance pour les pays européens de respecter les règles budgétaires adoptées par l’Union Européenne. Lorsque le déficit budgétaire d’un membre de la Zone Euro est supérieur à 3% de son PIB, ou si sa dette dépasse 60% de son PIB sans diminuer de manière continue, alors l’Europe doit sévir.

D’après les statistiques d’Eurostat, l’Italie serait le pays avec la dette la plus importante de l’Union Européenne après la Grèce. En effet, la dette italienne excéderait 130% du PIB à la fin du premier trimestre 2018.

Une potentielle crise avec Bruxelles entrainerait une plus grande volatilité

La Commission Européenne qui doit examiner le projet du budget italien mi-octobre juge d’ores et déjà qu’il ne respectera pas les règles établies pour l’ensemble des membres de l’Union Européenne, ce qui ne semble pas déranger le gouvernement italien. Rome a deux semaines pour réviser son budget.

Matteo Salvini, vice-Premier ministre, a fait savoir que l’opinion de Bruxelles ne comptait pas et que si le projet de budget présenté par Rome était refusé, il le ferait « quand même ».

Ce bras de fer représente le « ras-le-bol » et la défiance de l’opinion italienne vis-à-vis des institutions européennes et de leurs règles, notamment sur les questions migratoires, budgétaires et économiques. Le but n’est pas de provoquer une sortie de l’euro, mais de faire en sorte que les élections européennes de mai 2019 portent au Parlement Européen davantage de députés partageant les idées souverainistes et anti-immigration de l’Italie.

Dans tous les cas, la volatilité sur les marchés pourrait donc s’intensifier car le bras de fer avec Bruxelles pourrait être sur le point de s’accélérer. L’euro et les indices boursiers européens pourraient fortement baisser dans les semaines à venir en fonction des mesures prises par Bruxelles, de la réaction du gouvernement italien et du spread entre les taux d’emprunt allemands et italiens.